Concours de Nouvelles "Ecrire sous les Halles" 2012

Super_1Voici le début de la nouvelle primée chez les collégiens :

L'indélicatesse, par Olivia Daeron-Précy

"Je m’appelle Edward ;  Edward Masen. Je suis américain, originaire de New-York. J’ai 83 ans et depuis 30 ans, je vis à Paris. Ce sont mes papilles gustatives qui m’ont fait découvrir cette ville dont je suis tombé éperdument amoureux. En effet, j’ai été longtemps critique gastronomique pour le Minneapolis St Paul magazine et encore aujourd’hui, quelques-uns de mes articles y sont publiés. C’est incontestablement l’amour qui m’a incité à rester à Paris. Paris, la ville aux multiples visages, ses quais, ses musées, ses passages, sa gastronomie… Depuis 30 ans, je l’arpente dans tous ses recoins.

Dans cette ville, j’ai toutes mes habitudes. Le lundi, j’ai rendez-vous décalé au café de Flore avec Paloma : tandis que certains écrivent des poèmes, nous parions sur des chevaux ! Cette quinquagénaire tenace aux rondeurs appétissantes est une passionnée des courses hippiques. Nous passons des heures à éplucher les journaux de turfistes pour parier sur le vainqueur. Le mardi c’est avec Pauline que je partage un café au Viking, à deux pas de la Butte Montmartre. J’aime partager ce moment à regarder les gens avec cette veuve discrète au regard mélancolique. Mercredi, c’est Paulette et Pascaline, deux vieilles femmes célibataires que je retrouve pour un débat hautement idéologique sur la société d’aujourd’hui, au Café Philo des Phares, place de la Bastille. Le jeudi, c’est au jardin du Luxembourg, près du kiosque à musique que je m’assois pour lire les journaux américains, je prends le temps de me retrouver avec moi-même tout en observant la jeunesse actuelle. Paule, une cuisinière hors pair, m’accompagne au marché couvert de Saint-Germain, tous les vendredis matins. Je reste sous le charme de sa voix tonitruante, qui interpelle ses connaissances, et de son embonpoint qui trahit sa passion pour la bonne chair. Et c’est à la Comédie française, pour voir et revoir tous les classiques de la langue de Molière, que Pétronille et son air renfrogné m’attendent dans le hall, tous les samedis soirs.

Mais le dimanche, c’est Elle que je retrouve… C’est Elle que j’attends impatiemment… C’est aussi à Elle que je pense lorsque je suis avec toutes ces femmes qui partagent mon temps le reste de la semaine… C’est Elle qui me fait vibrer depuis 30 ans… C’est grâce à Elle que je suis devenu un américano-parisien…"

Suite et fin de la nouvelle à retrouver dans la brochure Retour à l'envoyeur (contenant les 11 nouvelles primées en 2012, disponible pour 5 euros auprès de l'association Lire sous les Halles)