Aujourd'hui, pour repondre à nos questions, Christophe Fourvel, l'auteur de La dernière fois que j'ai eu un corps, aux éditions Le Chemin de Fer :

Christophe FourvelInterview Littér'Halles
 
1- Vous avez été sélectionné pour concourir au Prix Littér'Halles. Est-ce pour vous "une bonne nouvelle" ?
Le début d'une bonne nouvelle ! Après, je ne sais pas trop comment les auteurs se remettent d'un tel événement... Il me semble qu'il s'agit d'une première édition. Nous ne possédons aucun recul ; aucune statistique sur le devenir des auteurs sélectionnés. Pour la petite histoire, des études très sérieuses ont montré que bon nombre des auteurs pressentis pour le prix Goncourt mais qui ne l'obtenaient pas sombraient dans la dépression... D'autres s'en tiraient mais avec quelques séquelles comme une hypertrophie de la "zone cérébrale de l'égo". Pour l'instant, je crois aller bien. J'espère que cela continuera jusqu'au terme de l'épreuve et bien entendu, au-delà.

2- Aimez-vous prendre des "nouvelles" de vos lecteurs ? Leur avis compte-t-il pour vous ?
Voilà une douzaine de livres que je publie et chacun m'apporte son petit lot de nouveaux lecteurs... Toutes mes parutions ont été vendues entre cinq cents et sept cents exemplaires. Nous sommes indiscutablement dans l'ordre de l'humain, du représentable, je dirais presque, dans ce contexte de la globalisation des échanges qui est le nôtre, dans l'ordre de l'intime. J'aime beaucoup cette idée : mes lecteurs sont des amis, au sens où nous sommes peu nombreux et que nous partageons nécessairement quelque chose d'essentiel. J'avoue avoir été plus loin dans ma petite fiction personnelle. Je pense que mes lecteurs sont des amis et pour tout dire, des gens intelligents. 
 
3- Pourquoi avez-vous choisi le genre de la nouvelle ? En quoi y trouvez-vous une écriture particulière ?

Il y avait longtemps que je n'avais pas écrit de nouvelle au sens peut-être traditionnel du terme. peut-être que "Portraits de femmes magnifiques", publié en 2008 et qui regroupait un ensemble de textes consacrés à des personnages féminins du cinéma était un livre de nouvelles mais je ne l'ai pas considéré comme cela, pas vécu comme cela. Je suis très embêté avec les genres. J'ai souvent besoin de donner à mes textes des sous-titres qui visent à atténuer cet embêtement. J'ai ainsi publié un "exercice d'admiration" et une "critique confidentielle". Mon prochain livre sera un "canon pour une seule voix". Pour La dernière fois où j'ai eu un corps, j'ai tout le temps pensé "monologue" et non pas "nouvelle". C'est vous qui m'avez révélé ce qui était pourtant une évidence ! Oui, il s'agit d'une nouvelle et je ne le savais pas ! Voilà une belle illustration de la thèse développée dans la réponse précédente. J'ai une relation intime avec mes lecteurs et ceux-ci sont intelligents.
 
4- Donnez-nous quelques "nouvelles" de votre livre !
C'est au début un texte de commande. Il s'agit d'un monologue de femme prostituée, l'histoire d'une femme albanaise prise dans les réseaux mafieux et envoyée sur les trottoirs français. C'est un texte âpre, dur, cru. Je n'ai pas trouvé l'opportunité de glisser un peu d'humour. J'ai juste tenté, en imaginant qu'elle entretenait un rapport un peu "bancal" au français, de provoquer par le frottement de quelques mots un peu "de beauté par accident". Faire ainsi jaillir un peu de beauté dans un monde glacial et que j'ai découvert en lisant des témoignages de prostitués mais aussi en travaillant avec l'association Le Mouvement du nid, qui s'occupe de prêter assistance à ces femmes (et à ces hommes !) Au début de sa sortie, j'ai eu les nouvelles habituelles que l'on reçoit dans ces cas-là ; quelques signes d'amis, de lecteurs, de libraires. Un tout petit peu plus que d'habitude peut-être. Rien de la part des journalistes ou presque. J'espère que ce texte, qui a été lu deux fois par une comédienne (Laure Wolf, dans une mise en scène de Anne Monfort) continuera à exister aussi sur scène. J'ai eu des nouvelles de femmes lectrices, tantôt heurtées par la lecture et qui disaient renoncer ; tantôt enthousiastes. Tantôt heurtées et enthousiastes... Parfois surprises que ce texte ait été écrit par un homme. Puis ce fut comme toujours... Avec le temps, les livres et les gens donnent de moins en moins signe de vie. Nous nous étions un peu perdus de vue, je l'avoue, ma prostituée et moi, jusqu'à ce qu'on me prévienne de sa présence du côté de Decize... J'ai regardé sur une carte où Decize était situé... Bon Dieu, que de chemin depuis Tirana ! depuis Belfort où elle a appris à parler français ! Je vous la confie : prenez en bien soin, s'il vous plaît, car mon livre comme tous les livres est une personne fragile. Et j'espère que vers chez vous, entre canaux et campagne, elle pourra entreprendre une nouvelle vie.

Christophe Fourvel